Stéphane Lambiel regarde sa médaille d'argent comme un peintre contemple son œuvre. Son chef-d'œuvre, oserait-on même dire. «Ce matin, je me sens très, très (ndlr: il appuie sur les très) bien.» On sent chez le patineur une sorte de délivrance.
Car sa campagne des Jeux s'est transformée en long chemin de souffrance. La faute à cette blessure au genou droit (distorsion des ligaments) qui a failli compromettre ses rêves olympiques. «Mais dès l'instant où j'ai pris la décision (le risque?) de venir à Turin, je savais que j'irais jusqu'au bout de la douleur. Je n'ai jamais douté, même après ma chute à l'entraînement mercredi passé», dit-il.
Par pudeur, Stéphane Lambiel tait les longues heures de traitement qu'il a subies avec des horaires contrariants. Pas toujours compatibles avec les obligations d'un athlète de haut niveau. Dans les coulisses, Majda Scharl - sa préparatrice physique - et le staff médical de Swiss Olympic ont réalisé des prouesses. «On n'a pas chômé, confirme la Vaudoise. Stéphane a suivi deux à trois séances de soins quotidiennes. A base de massage, d'ultrasons, de glace et de patchs.
Le tout pour soulager la douleur et éviter une rechute. Le corps de Stéphane exige des réglages fins. Autant dire que le travail préventif réalisé pendant la morte-saison - le plus souvent pieds nus pour renforcer les tendons par exemple - s'est révélé payant.»
Pour ceux qui l'ignoraient encore, cette médaille d'argent a exigé un énorme travail d'approche. Stéphane Lambiel s'est mis au boulot le 24 mai dernier déjà avec, jusqu'à douze entraînements hebdomadaires sur et hors glace. «Dès l'ouverture de la saison au mois d'octobre, il a jonglé avec les décalages horaires et enchaîné les podiums, rappelle Majda Scharl. D'où l'importance de pouvoir s'appuyer sur une condition physique irréprochable. Les patineurs ont découvert ce domaine dans un passé assez récent seulement. Aujourd'hui, on ne se rend pas suffisamment compte des sacrifices que cette discipline impose.»
Il remercie tout le monde
La récompense est à ce prix. Jeudi soir, Stéphane Lambiel et son entourage ont fêté l'événement jusqu'à point d'heure à la Maison suisse. Avec son fan's club, tonitruant dans le Palavela, sa garde rapprochée (Peter Grütter, Salomé Brunner et Majda Scharl) et sa famille. «J'avais envie de remercier tous les gens que j'aime. Leur faire partager mon bonheur. Pour la première fois, mon frère était de la fête, lâche-t-il ému. Ma maman aussi bien sûr à qui je dédie ma médaille. Une mère, c'est le point d'ancrage et de repère de tous les enfants. La mienne a toujours été à mon écoute. Si j'ai un problème, je l'appelle. Je sais qu'elle va le résoudre. Ma maman, c'est ma maman, tout simplement.»
Ensuite, forcément, la conversation est revenue à la compétition. A Evgeni Plushenko, bien sûr, intouchable, «que j'admire énormément et qui j'espère va poursuivre la compétition». A sa combinaison inattendue (quadruple saut, suivi d'un triple puis d'un double) qu'il a placée jeudi dans son programme libre, «Je l'avais rêvée la nuit précédente», dit-il., Aux championnats du monde dans trois semaines à Calgary: «Si ma santé me le permet, je souhaiterais y participer», d'autant plus que le nouveau système de notation «permet de rester dans le coup, même après un programme court méchamment raté», souffle-t-il. Quelle meilleure motivation que cette médaille d'argent, qui en appelle forcément d'autres...
«Stéphane était grippé...»
Pour l'occasion, Peter Grütter a fait une exception à la règle. Il a revêtu l'uniforme standard de Swiss Olympic. Pas moyen d'y échapper, «même si, dit-il, ils ne sont pas adaptés à mon âge». Passons! Pour dire que le professeur du CP Genève est fier de son élève. Il peut l'être. «Stéphane a serré les dents depuis son arrivée à Turin. Je l'ai toujours connu ainsi, dur au mal!»
Et comme si sa blessure au genou droit - réveillée par une vilaine chute mercredi - ne suffisait pas à son malheur, le futur médaillé d'argent souffrait d'une grippe. On l'a appris hier seulement. «La première nuit au village olympique, le thermomètre ne dépassait pas les 15 degrés dans sa chambre...», explique Peter Grütter.
Vendredi, Stéphane Lambiel toussait encore, après une folle nuit qui s'est terminée au petit matin. Et commencée très tôt la veille par un ultime entraînement sur la glace. Suivie des soins à son genou endolori.
La suite du programme du champion, c'est Peter Grütter qui nous le conte: «Stéphane n'aime pas patienter trop longtemps dans la zone réservée aux sportifs. Dans le vestiaire, on perçoit toutes les réactions du public et ce n'est pas le meilleur moyen de se concentrer. Il est arrivé à la patinoire une heure avant d'entrer en scène. Pour répéter des gestes désormais familiers. S'échauffer, exercer les figures à blanc, s'habiller et chausser ses patins. Une routine, dont il n'aime pas trop s'écarter, tant que ça marche.» (ba)
Portrait:
Âge: 20 ans (2 avril 1985).
Domicile: Lausanne.
Club: CP Genève.
Entraîneur: Peter Grütter.
Chorégraphe: Salomé Brunner.
Préparatrice physique: Majda Scharl.
Palmarès
Jeux olympiques: 2e en 2006, 15e en 2002.
Championnats du monde: 1er en 2005, 4e en 2004, 10e en 2003,
18e en 2002.
Championnats d'Europe:
2e en 2006, 4e en 2005, 6e en 2004, 5e en 2003, 4e en 2002, 9e en 2001.
Grand Prix: 1er finale du GP 2005-06 à Tokyo, 2e à
St-Pétersbourg 2005-06, 2e à Pékin 2005-06.
Championnats de Suisse: 6 x 1er, de 2001 à 2006.